18 avril 2006

Ma vie de geisha

golden_geisha"Ce livre, daté de 1997, est une fiction écrite à partir d'une documentation considérable, ce qui lui vaudrait la qualification de "roman historique". Il est devenu une référence de l'univers des "Geishas" qui peu à peu disparaît de ce Japon qui, depuis le milieu du XIX ème s., a choisi la modernité occidentale pour modèle de société. Il a d'ailleurs réussi son pari, pour le meilleur et pour le pire..."

J'ai d'abord lu ce livre. Si au début il m'a emballé, j'ai radicalement changé d'opinion à son sujet. Pour commencer je ne suis absolument pas d'accord avec la description ci-dessus. Si chez nous le roman d'Arthur Golden s'appelle "Geisha" , il est sorti dans les pays anglo-saxons sous le titre de "Memoirs of a geisha". Or rien n'est plus faux que ce titre de "mémoires". Ce livre est une fiction, basée de loin sur des faits réels. Ce que je lui reproche c'est d'avoir voulu faire du sensationnel, d'avoir joué sur le fantasme récurrent concernant les geisha et qui est typiquement occidental. Je veux parler du fameux "mizuage". Il a transposé un fait avéré chez les courtisanes des quartiers de plaisir à celui très strict des geisha, la virginité des maiko n'est pas "mise en vente". Il faut savoir que le livre "Geisha" a provoqué la colère de tout un peuple, et qu'il est considéré au Japon même comme "vulgaire". Les okiya ne sont pas des hôtels de passe et pas un homme, hormis l'habilleur officiel, n'est autorisé à y pénetrer. Mineko Iwasaki raconte que son propre père ne pouvait pas aller plus loin que la salle où étaient reçu tous les visiteurs.

Qui est Mineko Iwasaki? Elle est probablement la dernière grande geiko de Gion-Kobu, le quartier des geisha de Kyoto. C'est une artiste accomplie dans le domaine de la danse. Elle a été formée dès son plus jeune âge (6 ans) à la prestigieuse mais très dure école Inoue. Elle est considéré par les Japonais comme "trésor national" , titre reconnu aux plus grands artistes de ce pays, peintres, poétes, etc. De plus, c'est elle qui a servi de "correctrice" à Arthur Golden pour son livre. Bien qu'il disposa d'une considérable documentation, celle-ci n'était issue que du ouï-dire, il lui fallait le témoignage direct d'une véritable geisha. Sous couvert d'un anonymat complet, car il est interdit formellement aux geisha de parler de leur éducation et du "système" qui régit le quartier des geisha, Mineko Iwasaki apporta son aide à Arthur Golden. Celui-ci pourtant ne se gêna pas de mentionner son nom dans les remerciements de son bouquin! Ce fut le tollé au Japon. Et Mineko reçut même des menaces de mort. Sans le vouloir elle avait apporté le prestige de son nom a une oeuvre mensongère, dont l'auteur avait volontairement falsifier certains événements. On peut comprendre que le "mizuage" qui est le rituel de l'abandon de l'enfance, qui se borne à quelques cérémonies et changement de col (du rouge au blanc) et de coiffure, n'ait pas paru très "croustillant" aux éditeurs américains du roman. Il n'y avait pas assez de sexe dans ce monde de geisha pour que le roman soit "vendeur", alors Arthur Golden n'a pas hésité à trahir celle qui l'avait aidé. Aujourd'hui Mineko Iwasaki et Arthur Golden sont en procès. Les préjugés ont la vie dure, et dans bien des articles on peut encore lire que les geisha sont des sortes de call-girls de luxe. Or comme le dit Mineko, quand on gagne 500 000 euros par an, est-il bien nécessaire de se livrer à la prostitution?

527_02 Si vous souhaitez vous faire une opinion fiable sur la vie réelle, et non pas fantasmée, des geisha, lisez le livre de Mineko Iwasaki. Vous comprendrez alors qu'en ne restant que quelques minutes dans chaque banquet où elle était invitée pour distraire les clients, il lui aurait été bien difficile de se prostituer!

Extrait:"Un des à-priori que l'on a sur le karyukai(le quartier des geiko), c'est qu'il s'adresse uniquement aux hommes. C'est tout ce qu'il y a de plus faux. Les femmes commanditent aussi des ozashiki (des banquets) et figurent souvent parmi les convives. S'il est néanmoins vrai que la plupart des clients sont des hommes, ils viennent souvent en famille. Je me suis produite devant des femmes et des enfants, en particulier au moment du festival  du Miyako Odori. J'étais aussi fréquemment invitée dans leur foyer pour le Nouvel An. D'autre part un homme pouvait très bien présider un banquet très ennuyeux pour ses affaires, pendant que son épouse et ses amies riaient aux éclats dans la pièce voisine. Lorsque j'en avais terminé de divertir ces messieurs, je me glissais alors joyeusement chez les dames!"

Posté par DorianeGray à 18:29 - - Commentaires [7] - Permalien [#]


Commentaires sur Ma vie de geisha

    Tout à fait exact

    Je suis contente de lire enfin cette note afin de rétablir cette vérité, sur le statut des geishas dans leur pays.

    Je n'ai pas lu le livre, mais avant de voir le film, je savais ce qu'était réellement une geisha, ce qui, dans le film est assez mal abordé, ceci pour plaire à un clientélisme occidental.

    Je préfère de loin, l'image de l'histoire de l'art dans toute cette culture, et apprise je pense comme cité par quelqu'un d'autre non sans mal, dans un monde de femmes.

    Posté par freesia, 03 décembre 2007 à 23:38 | | Répondre
  • Je ne savais pas tout ça ... j'ai lu livre et vu le film sans chercher plus loin. Merci de cette mise en vérité.

    Bisous

    Posté par neurhone, 18 avril 2006 à 23:11 | | Répondre
  • En fait, j'ai commencé à me poser des questions en lisant Mineko Iwasaki. On entre vraiment au karyukai en la suivant. Le livre fourmille de détails, de mots, d'attitudes qui ne peuvent avoir été que vécus. Bien que Mineko raconte sa vie avec la retenue habituelle des japonais, son histoire est pleine de sincérité. Sa vie n'a pas été toute rose, bien au contraire. Elle nous parle d'une vie difficile, exigeante, qui broie les femmes qui y accèdent. Geisha est un métier prestigieux, mais cela ne cache pas la réalité de ces femmes qui sont totalement soumises à un système obsolète et injuste.

    Bref, après avoir terminé son autobiographie, j'ai fait des recherches sur internet, et je suis tombée sur des articles (en français et en anglais) de magazine concernant Mineko. Elle y raconte ses démêlés avec Golden, le procès en cours, son indignation quand à l'interpétation du mizuage qui est faite dans son livre et l'image de prostituées qu'il véhicule allégrement à propos des geisha.

    Personnellement ça m'a toujours profondément agacée ce raccourci, les geisha ne sont pas des call girls et il faut avoir un esprit vraiment grossier et ignorant du monde des fleurs et des saules pour dire de telles âneries.

    Posté par Théo, 19 avril 2006 à 07:36 | | Répondre
  • je pense plutôt

    Oui mais...qui sait le secret des alcôves...? Laissons leur ce qui ne nous regarde pas.

    Posté par lio, 23 avril 2006 à 08:58 | | Répondre
  • Lol ai-je dit qu'elles étaient vierges ad vitam ou qu'elles n'avaient pas de relations sexuelles?? Du tout, du tout, au contraire. J'ai un petit bouquin d'art, très beau dans un coffret de tissu noir et rouge, où sont reproduit des textes écrits par des geisha, et je peux te dire que c'est très cru!

    Posté par Théo, 23 avril 2006 à 10:48 | | Répondre
  • Mizuage

    Le mizuage était un rite ou la jeune Geisha pardait sa virginité avec un client de haut rang. Voir le livre de Yuki Inoué. Mais ceci se passe au début du 20eme siècle. ( 1907). Comme quoi celà a évolué.

    Posté par Ted, 29 août 2007 à 13:51 | | Répondre
  • Mizuage

    J'avais oublié de mentionné le titre du livre de Yuki ( Ma vie de Geisha ) Le film portant le même nom mais tiré de " Geisha " de Golden.

    Posté par Ted, 29 août 2007 à 13:53 | | Répondre
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